Doctrine Kshayatrim

- Ô reine, n'est-il pas temps que nous nous entretenions un peu de théologie ? N'y a-t-il pas meilleure occasion pour contempler ce qu'est le monde aujourd'hui que ce temple dédié à l'art de mourir, et de faire mourir ? Le monde est violence et supplice. La vie est un cadeau empoisonné que seule la domination vient apaiser. Il n'y a pas d'autre fin pour l'homme que de commander et de posséder, que de tenir la vie et la volonté d'autrui dans le creux de sa main. Nous autres kshayatrim sommes des gens réalistes. Nous voyons bien que le monde n'est pas fait d'ombrages humides et mielleux, mais que toute douceur se gagne et se défend par la perfidie et la cruauté. Il est des hommes qui peuvent fermer les yeux sur ces réalités, car ils ne sont que des pièces secondaires de l'édifice, mais tout le faîte de la société sait que la force et la peur sont le don précieux qui leur offrent les jardins du plaisir. »
« C'est en trompant et en effrayant que l'on bâti les palais que l'on s'octroie. Tout prince doit avoir un mental de gredin et de tyran. Le reste n'est qu'hypocrisie nécessaire. Reconnaître que les devas sont à l’oeuvre dans cela, ce n'est qu'être du monde. Quelle sagesse y a-t-il à ignorer ce monde là et à s'interdire le remède à l'existence ? Quel autre choix y a-t-il que cette pragmatique allégeance ?
L'ordre et ses askyas ne sont qu'illusion, futile utopie. Les dieux sont-ils plus que chimères ? Où est leur bonté ? N'ont-ils pas octroyé le labeur et la soumission ? Ne demandent-ils pas de croire à des promesses que jamais ils ne tiennent ?
Amma Hani savait ce discours inique et plein d'ingratitude. Habile en politique, elle tentait de n'en rien laisser paraître. Le vizir Omar Aj-Jahl la dégouttait. Dire que cet homme remplaçait désormais le shah Aladdin Ber Thiba, un homme pieux, juste, miséricordieux. Il eu pu répondre point par point. Elle n'y avait pas intérêt.
- Et sans ordre, vizir, comment Shayatz et Ahriman espèrent-ils dominer ? N'ont-ils pas fondé le second empire ? N'ont-ils pas organisé la société ?
- Ô reine. Le pouvoir des dévas est sans illusion. Il est fait de la matière même de l'homme :
brutalité et désir. Il n'y a guère besoin de plus pour gouverner, si ce n'est d'une large science de ce qui se dit et de ce qui se fait. Chacun sachant qu'il vaut mieux réprimer qu'être harcelé d'affliction, les hommes se mettent en ordre eux-même pour s'éviter la peine, et la font subir à tous ceux qui manquent aux commandements du pouvoir. La justice ne sert en rien. La peur, voilà ce qui maintien chacun à la place qui lui revient. Trop d'ambition sans patience et alliance de forces n'est que ruine de ce que l'on possède de puissance.
- C'est un monde sans confiance.
- C'est un monde de mortels, un monde de danger. Les askyas vous rassurent par leurs mensonges.
Les devas, eux, ne cachent pas leur vraie nature. Mais ceux qui savent leurs lois sont assurés de prendre beaucoup sur la plèbe. Voilà une allégeance réaliste, et elle a démontré la supériorité de sa raison ici-même, n'est-ce pas ?
- Elle a bien prouvé sa force, en effet. Mais lorsque les shah kshayatrim auront fini de se partager les poches de pouvoir qu'ils n'ont pas encore écrasé, qui les empêchera de s’entre-tuer ?
- Ce temps viendra bien évidemment, ô reine du Mazighân. C'est là ce qu'impose toujours la politique, et l'empire de Mezdahor lui-même fut rongé par cette réalité. Que les maîtres du monde s’entre-dévorent, c'est leur lot implacable. Ce n'est pas chose nouvelle. Si vous voulez survivre au règne des dévas, vous devrez vous montrer bonne élève. Leurs leçons sont cruelles.


Gandariah Livre 1. Soleil d'Ahriman, Fabien Maisonneuve

Shayatz

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